Les Sumos

23 mai 2010 à 13:45 | Publié dans Japon | 2 commentaires

Depuis le début de notre voyage, nous n’avons assisté à aucun match officiel de hockey-sur-glace au Canada, de rencontre de basket-ball, de football américain ou encore de base-ball aux États-Unis, ni de match de rugby dans l’hémisphère sud (c’était la trêve) ou encore de rencontre de cricket en Australie… Alors au Japon, interdit de passer à côté du tournoi de sumo!

Six tournois ou Hon-Basho ont lieu dans l’année, dont trois à Tokyo aux mois de janvier, de mai et de décembre. Celui du mois de mai se déroule du 9 au 23 au Ryogoku Kokugikan. Ça tombe bien, nous y sommes du 15 au 20 et le stade est à 15mn à pieds. Le rêve! Nous irons au stade le dernier jour de notre séjour à Tokyo, la pluie étant annoncée (ça s’appelle avoir de l’organisation).

On passe quand même par le stade quelques jours avant et l’excitation est déjà là, on est trop contents! On  est fin prêts et on prend la pause devant le stade et les bannières annonçant le tournoi. Les sumos que l’on croise sont impressionnants même s’ils sont assez inexpressifs. Un gros balèze accepte gentiment de prendre la pause à côté des enfants.

Puis vient le jour J. Les premiers combats se déroulent  à 14h30 avec des lutteurs lambdas qui laissent leur place aux champions en fin de journée. Le stade se remplit au fur et à mesure de l’après-midi et est comble entre 17h et 18h.

On ouvre grands nos yeux et on dévore le livre d’explications sur ce mythe japonais. Internet complètera notre savoir dès la fin de la journée.

Le dohyô est l’aire où se déroulent les combats. Il s’agit d’une plate-forme d’argile recouverte de sable . Sur cette estrade est dessinée un grand cercle de 4,55m de diamètre avec des cordes de paille de riz  à  moitié enterrées dans le sol d’argile, c’est la zone de combat. Au milieu du cercle, deux lignes blanches sont tracées pour positionner l’emplacement de départ des deux lutteurs. Le dohyô est surmonté d’un grand toit en bois, à l’intérieur duquel sont positionnés les éclairages. Pour info, à chaque coin du toit est suspendu un grand pompon de couleur : vert et rouge côté est, noir et blanc côté ouest, le dohyô étant orienté selon les points cardinaux conformément aux pratiques shintos qui ont guidé la plupart des règles et coutumes du monde des sumos. Un prêtre shinto a béni cette aire, considérée comme sacrée.

Nous assistons à l’ensemble des rituels qui accompagnent les combats.

En signe de purification, les sumos, appelés rikishi au Japon, prennent une poignée de sel et la lancent sur le dohyō. Avant l’affrontement, les lutteurs chassent les esprits en frappant le sol avec lesur pieds, après les avoir levés très haut. Il s’agit du shiko. Ils frappent ensuite dans leurs mains puis les lèvent avant de s’accroupir l’un en face de l’autre. On observe également le rituel de « l’eau de force » que le lutteur boit puis recrache.

Le combat débute au signal du gyoji, l’arbitre vêtu du costume traditionnel, qui présente alors l’autre face de son éventail.

Après une phase d’observation (qui peut s’interrompre à deux où trois reprises et où certains rituels se répètent à nouveau), les rikishis doivent toucher le sol avec leurs deux mains pour accepter le combat.

La confrontation physique peut alors commencer (le début du combat où les deux lutteurs se jettent littéralement l’un sur l’autre est appelé tachi-ai). Les deux protagonistes s’élancent l’un vers l’autre, le but étant d’éjecter l’adversaire hors du cercle de combat ou de lui faire toucher le sol par une autre partie du corps que la plante des pieds. Les combattants peuvent utiliser les prises parmi les 82 autorisées. Ces prises gagnantes sont appelées kimarite.

En dépit de leur taille et de leur poids, les sumos sont rapides et agiles. C’est même très sportif! Les combats sont très courts.

A noter que quelques non-japonais, dont des européens, figurent parmi les meilleurs lutteurs.

Les sumos portent un pagne (le mawashi), porté avec une ceinture très fine (sagari) et retenue par des cordons. Leurs cheveux sont huilés et noués en chignon.

Nous avons également assisté à plusieurs cérémonies.

La première est la cérémonie de présentation des lutteurs en préambule des combats. Chaque lutteur est vêtu du grand tablier de parade brodé, le keshô-mawashi, constitué d’une grande pièce de soie allant de la taille aux chevilles et couvrant uniquement l’avant.

La seconde est la cérémonie du dohyô-iri présentée par le yokozuna (champion surpême). Les japonais voient à travers lui un acteur principal de la religion shinto, voire de la culture japonaise. Cette cérémonie est donc aussi une cérémonie religieuse shinto. Le yokozuna intervient chaque fois qu’il faut consacrer une arène sportive.

Le yokozuna est accompagné de ses deux assistants, des lutteurs de la même heya que lui : le premier est le porteur de sabre (tachimochi) et l’autre est simple assistant (tsuyuharai).

Le yokozuna porte en plus de son keshô-mawashi une grosse corde tressée en coton blanc liée autour de la taille et agrémentée de bandes de papier blanc découpées. C’est la tsuna, symbole du yokozuna, toujours portée par lui lors des cérémonies pour signifier son rang. Liée à l’arrière, elle forme une grosse boucle dans le dos.

Face au public, le yokozuna effectue sa cérémonie, une sorte de chiri-chôzu adapté. A chaque fois que le lutteur frappe la terre avec son pied, le public réagit et se fait presque l’écho du choc. On sent presque une communication s’établir entre les spectateurs et le lutteur.
C’est véritablement cet instant qui marque le démarrage des combats à ne pas manquer du tournoi, comme si tous les combats précédents n’avaient pas existé.

La dernière cérémonie à laquelle nous avons assisté est celle du yumitori-shiki ou danse de l’arc. Elle se déroule tous les jours du hon-basho, juste après le dernier combat de la journée.

En l’absence de tournoi, il est possible d’assister  à l’entraînement quotidien dans une beya, proche du stade Ryogoku.

Pour ceux qui se posent la question, voici  grossièrement (sans jeu de mot) la journée type du sumo.

Les entrainements de base des rikishis (le keiko) se déroule de 5h du matin à 8h environ et est constitué d’exercices d’endurance, de souplesse et de force. Un entraînement spécifique au combat dure ensuite jusqu’à 11h. L’ensemble se réalise à jeun.

A ce début de journée succède une période « hygiénique » ( le passage chez le « tokoyama », c’est-à-dire le coiffeur, le bain..etc), ainsi que la préparation, pour les apprentis, du chanko-nabe (le repas).

A ce moment là, le lutteur n’a toujours rien consommé de la journée.

L’alimentation au quotidien sans doute l’étape la plus importante pour un sumo. Le menu type du lutteur est le « Chanko », un ragoût de viandes, de légumes, de féculents liés par une sauce onctueuse et contenant ainsi un taux très élevé de protéines. Un premier repas est pris vers midi et l’autre vers vingt heures. Le service s’effectue de manière hiérarchique (les titulaires mangent en premier, les non gradés se contentant ensuite des restes). Le sumo dort immédiatement après les repas pour  permette plus facilement l’accumulation des graisses. En général, le sumo engloutit entre 8000 et 10 000 calories quotidiennement.

Drôle de vie quand même.

Nous avons vraiment adoré cette incursion dans un univers complètement à part. A ne rater sous aucun prétexte si vous venez à Tokyo durant la bonne période!

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2 commentaires »

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  1. si je dis « oh la vache » à la vue d’un sumo, c’est assez aproprié, vous trouvez pas??? lol
    non, sérieux, c’est vraiment un monde à part, le Japon!! à voir c’est génial mais je m’y perdrais à y vivre, je veux donc bien que vous le visitiez pour moi, je me contenterai à regarder depuis ici

    bisous

  2. ça pour du dépaysement – le spectacle de lutte des sumos, je suis restée scotchée – en + bravo pour les explications.
    Bz


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