Man May, fée de Ta Phin

13 mai 2010 à 14:58 | Publié dans Vietnam | Un commentaire

Nous venons d’arriver à Sapa et nous ressortons déjà de l’hôtel pour aller flâner sur la place du marché. Des femmes Hmongs noirs et Dzao rouges proposent des sacs, pochettes, étoffes de leur fabrication. Elles sont insistantes, elles nous suivent mais contrairement aux « vrais » vietnamiens, c’est fait avec gentillesse, sans agressivité.

On fait alors connaissance avec deux femmes Dzao rouges dont l’une, Man May, parle un peu l’anglais. Le courant passe tout de suite, elle est magnifique avec sa coiffe rouge et son visage tout en rondeur. Il se trouve qu’elle habite Ta Phin, le village que nous souhaitons visiter. Nous lui demandons à tout hasard si elle accepterait de nous y mener. Visiblement, ce n’est pas quelque chose d’habituel pour elle qui vient à Sapa pour vendre ses étoffes contrairement à d’autres femmes Dzao mais surtout Hmongs qui maîtrisent l’anglais et proposent ce type de balade aux touristes. Mais elle est enthousiaste et accepte volontiers. Rendez vous est donné à neuf heures le lendemain matin.

Le soir et une partie de la nuit, on se colle aux bulletins météo sur internet. Charmés par Man May et à l’idée de marcher avec elle dans les montagnes, on prie pour que l’ange gardien qui nous suit depuis presque 10 mois ne nous lâche pas et nous apporte le soleil.

Comme convenu, le lendemain matin, Man May est au rendez vous avec son amie et voisine Pha May. Nous comprenons au moment d’étudier une carte géographique ou de leur demander d’épeler leurs prénoms que Man et Pha ne savent ni lire ni écrire. On effectue 3 km en scooter pour nous mener au chemin de randonnée et c’est parti pour 3 heures de marche.

Le soleil est là et les paysages sont magnifiques. Les cultures en terrasse sont sublimes, certaines parcelles sont verdoyantes du riz déjà levé, d’autres sont caramel, couleur de la boue et de l’eau qui les irriguent. C’est un spectacle magique !

Les rizières en terrasses sont construites sur les pentes où l’approvisionnement en eau est suffisant pour fournir l’irrigation partout dans la période de pousse. Elles nécessitent une quantité de travail énorme pour créer et entretenir les rizières.  En l’absence d’instruments modernes,  cela exige une technique héréditaire complexe, déjà utilisée par les paysans chinois avant qu’ils n’aient émigré pendant la deuxième moitié du 19è le siècle.

La superficie des terrasses projetées est calculée selon le flux d’eau disponible. Toutes les terrasses doivent être parfaitement horizontales, afin de maintenir un niveau constant d’eau avant qu’elle ne  se verse dans la terrasse d’en dessous.

Les paysans et leurs buffles travaillent la terre, des femmes et leurs paniers remplis d’herbe nous saluent.

Nous ne rencontrons aucun touriste sur le chemin qui mène à Ta Phin. Les enfants, comme chaque fois lors des grands moments du tour du monde se mettent au diapason, ils sont adorables. Et nous, nous croyons vivre un rêve éveillé. Quel privilège de se trouver ici avec ces femmes admirables et dans un tel décor ! L’émotion nous étreint. On aimerait que le temps s’arrête.

Après 2 heures de marche, nos guides Dzao prennent un minuscule sentier qui monte vers la maison de Man May. Celle-ci laisse son panier à son amie et prend Lola sur son dos avec son porte bébé Dzao. Lola ronronne, elle est aux anges et manque s’endormir, bercée par Man May.

Nous arrivons enfin chez notre hôte. Sa vaste maison en bois est accueillante, le feu crépite à même le sol en terre. C’est extrêmement sommaire mais rien ne manque et la maison respire l’harmonie. L’eau pure arrive de la montagne par un rudimentaire système d’irrigation. Il y a l’électricité et une lampe qui éclaire l’ensemble de la pièce. Pas de parabole satellite contrairement à beaucoup d’autres maisons isolées autour de Sapa. Seule concession à la modernité, l’usage du téléphone portable, utile pour se joindre quand l’une est au marché de Sapa et l’autre aux champs.

Les enfants de Man May et Pha May préparent les légumes, rejoints par nos trois bambins. Elle nous épluche quelques pêches de vignes, fait frire du gras de porc, cuire du riz et les légumes verts et nous passons à table. Nous sommes très émus et honorés par l’accueil qui nous est réservé. Tout se passe le plus naturellement du monde. C’est un moment de grâce, notre plus belle rencontre humaine du tour du monde.

Nous vivons un autre moment de partage très fort lorsque nous montrons à nos hôtes les photos de notre voyage. Man May et Pha May, qui ne sont jamais allées plus loin que Sapa et pour qui la Statue de la Liberté n’évoque rien, expriment des « Ooooooh, it’s beautiful » devant ces paysages du monde qui défilent sous leurs yeux. Comme on aimerait les emmener sur un bout de chemin avec nous…Moment magique.

Accessoirement, c’est l’endroit idéal pour effectuer le défi vietnamien exigé par nos amis (voir page Défis !).

Paolo Alexis et Lola rejoignent les enfants Dzao pour jouer autour de la maison. Et bientôt nous reprenons la marche vers une route goudronnée où les scooters nous ramèneront à Sapa. Nous admirons une dernière fois les cultures en terrasse sous une belle lumière et la maison de Man May qui s’éloigne.

Nous quittons notre parenthèse enchantée de Ta Phin (clin d’œil à Mel et Jeff ) à la sortie du sentier quand nous apercevons les premiers touristes puis leur bus. On se félicite d’avoir choisi le mode solo !

De retour à Sapa, nous remercions la fée Man May pour cette journée inoubliable.

Si nous rentrons nous reposer à l’hôtel, elle, retourne au marché avec son panier vendre ses étoffes jusqu’à la nuit tombée. Le matin même elle y avait pris place dès 6 heures, bien avant notre rendez vous.

Nous étions impressionnés et admiratifs par les femmes vietnamiennes en général, nous sommes émerveillés par cette femme Dzao.

Mille mercis Man May.

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Un commentaire »

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  1. le billet d’aujourd’hui est vraiment beau!! non seulement les photos (superbes!!) mais surtout le message humain et universel sur le partage et la fraternité…
    mais bon, je ne vais pas m’étaler la dessus car l’heure est plutôt de dormir (oui, oui, chez nous il est minuit pile!!)
    je vous fais de gros bisous, ravie de vous voir encore une fois tous en photo!
    tiens, je me demandais justement, les enfants aiment-ils toujours autant la cuisine du Vietnam?? moi, j’essaie de faire manger des pov’ nêms à Nathan et il n’y a rien à y faire!! lol

    bisous de munuit!
    m


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